Sans titre

Secardin Victor - France

 

 

Ma démarche est inhabituelle, quand je dessine, je n’ai jamais d’intention, de forme prédéterminée en tête, au moment même où je commence à tracer sur la feuille, je ne sais pas encore ce que je vais faire. J’accède à mon imaginaire en suivant des pistes inattendues. Pour les provoquer, j’essaye de mettre tous les clichés que j’ai dans la tête de côté et je laisse ma main dessiner en autonomie, et je patiente, jusqu’à ce que dans l’accumulation de lignes, j’aperçoive un endroit où certaines se détachent et forment un bout de visage, de hanche, de pied, un morceau quel qu’il soit et à partir duquel je délie les traits tout autour pour recomposer un corps. Et puis je recommence à un endroit différent sur la feuille. Ainsi au gré du hasard j’explore les morphologies les plus extravagantes, tantôt onduleuses et ténues, tantôt adipeuses et boursouflées, mais dont je veille toujours à ne pas oblitérer le physique anthropomorphe. 

Quand un semblant de composition commence à se préciser, je l’évalue avec plus d’attention, et cherche dans la posture des corps ce qui pourrait être le reflet d’un mouvement narratif qui les relierait tous, à partir de ce moment je conçois la composition comme une espace théâtrale dont chaque nouveau corps est pensé pour interagir avec le reste de la troupe. 

A travers un seul dessin, je veux évoquer la trace d’une histoire. Une histoire dont il ne reste qu’une scène, une scène énigmatique, laquelle n’est jamais totalement explicite sur ce qui se déroule et ce qui a été ellipsé. L’objectif n’est pas tant de donner une clé de lecture sur un présupposé récit, mais de permettre à chacun d’envisager au contraire une histoire dans le cadre fermé du dessin, une histoire dont l’absence de titre et de texte permet aisément d’en devenir soi-même le narrateur ou la narratrice. C’est une histoire à retardement. Elle glisse entre tous ces corps qui se font faces et s’observent. On peut l’ignorer, considérer les corps pour leur identité graphique, ou l’activer quand on veut, dès lors qu’on s’essaye à en faire dialoguer quelques-uns.

 

 

Pour ce premier dessin, il s’agit d’une grande composition. Les corps sont plongés dans un arrière-plan totalement noir qui peut évoquer un espace scénique. La piste narrative sur laquelle je me suis appuyé pour construire ma composition et celle d’une danse. Je voulais que de loin, les corps puissent donner l’illusion d’être des frises entremêlées, que les couleurs font se détacher les unes des autres. Et puis quand on s’approche, les corps apparaissent plus distinctement, comme si l’on était invités dans leur intimité, à s’immiscer dans leur ballet.

A ces corps je fais porter des masques. L’intérêt étant, en plus d’accentuer la théâtralité de leur attitude et d’établir une correspondance entre les différents personnages (en les faisant s’observer), d’associer deux répertoires graphiques différents, propres aux masques et aux corps, et de créer une combinaison inattendue, qui valorise et permet de contraster le traitement singulier du dessin de ces deux sujets. 

I ♥ YICCA

Artwork Details

Other - Other
Artwork Size - Width 105 | Height 73 | Depth 0,1
Created in 2020

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