Mon travail au niveau de la peinture, s’oriente plutôt vers un décryptage visuel des émotions qui englobent un visage, un regard, une attitude ou une silhouette, c’est l’amour de l’humain qui m’anime a chaque toile que je réalise. J'utilise la peinture à l'huile parce que cela me signifie quelque chose, je l'ai d'abord senti quand
A travers la série " Blue Birth" en 2011, je recherchais un corps, un visage (un organisme vivant) qui était entre des genres. J'avais exploré cette idée un peu flou, incertaine et ambigüe. L'idée d'un genre flottant qui n'est pas fixé (androgyne) m'avait attirée.
Je cherchais une sorte d'architecture contemporaine du visage. J'ai voulu peindre un passage visuel par le genre. Préparer le regard du spectateur a voyager dans la toile, à travers un jeu de formes, de couleurs, de teintes de chair, fraichement "démoulue" et "vierges".
Je me dois de travailler sur chaque toile, autour de la tension entre l'obtention de la peinture pour avoir la qualité sensorielle que je veux et être constructif en termes de la forme. Plus je fais cela, plus l'écart entre l'abstraction et la figuration devient intéressant.
Dans le process de la création, au niveau de la série "Humanity", pour les corps et visages que je représente, j'essaye de faire en sorte qu'ils racontent une histoire, tels des livres ouverts, des anatomies profondément graphiques. Sur les visages, il arrive que l'on lise l’ennui, la tristesse, la provocation, la solitude, la fierté…
Je recherche un réalisme dans la peinture, j'essaye de considérer l'allure d'une peinture, en zones actives et calmes. L'écoute de la musique aide beaucoup, particulièrement la musique où il y a un son dur et des passages respirables ensuite plus doux. Dans mon précédent travail mes marques ont été moins variées. Je pense à chaque marque ou zone comme un élément porteur de sensations.
La forme et le contour dissimulé sous la gestualité chromatique tiennent une place importante dans les compositions que je livre a la toile. tel des personnages qui vivent une simplicité et une complexité « d’être » infinie.
Ces personnages ne sont jamais ceux que la société nous prescrit ; ils sont imparfait, parfois hors norme, ils nous ressemblent, nous indiffèrent, nous dégoûtent peut être, nous émeuvent, nous blessent… Il reflète une créature humaine très contemporaine, isolée et en mal d’affection, tourmenté par les obligations existentielles et corporelles de la société actuelle. Malgré tout, ces êtres ne sont pas vaincus, ils s’affirment et renvoie des formes et des couleurs aux yeux de ceux qui les épient dans la rue comme devant la toile, ils sont poétiques et peuvent évoquer des souvenirs au spectateur : le souvenir d’une émotion à un moment précis, un « état d’âme » très personnel et très singulier.
L’amour et la haine des formes se confondent dans nos sociétés, c'est un système de proportion très sophistiqué (car très sélectif) qui catégorise les corps : les beaux et les laids. La féminité s’oppose à la stigmatisation des femmes, elle donne de la visibilité et de l'esthétisme aux corps non montrés par les médias.
Il s’agit donc d’un geste picturale critique qui déplore cette interdiction d’être à l’image et cette exclusion des désirs d’autrui, mais affirme aussi la puissance de la singularité ainsi que la beauté de la différence et du particulier.
Mes peintures sont d'un genre narratif représentatif. Je peint un endroit et un temps spécifique avec l'empathie simultanée et le détachement.
La série "Peau d'eau", explore la tension entre l'abstraction et le réalisme, utilisant des filtres différents pour visuellement déformer et désagréger le corps, dans ce cas l'eau joue un rôle important dans un nouveau type de visuel altéré par une matière "vivante". Dans cet espace peint peu profond, le sujet pousse contre notre espace réel.
L'eau est un sujet commun dans l'histoire de l'art à coup sûr et il sera toujours, le fait d'être vivant, l'eau fait jaillir tout son lot de déformations et d'imprévisibilité, de grandes couleurs et des réflexions reflets, dans un mouvement dont on sait le début mais pas forcement la fin !.
Techniquement, je pousse mes coups de peinture épaisse dans des relations colorées délicates afin d'imiter le verre, la vapeur, l'eau et la chair. Quand j'ai commencé à peindre le corps humain en milieu aquatique ou humide, j'ai mis l'accent sur plus de réalisme. Je l'ai poursuivi jusqu'à ce qu'il ait commencé à se démêler et se déconstruire, le jeu entre le Réalisme et l'Abstraction est né dans une relation symbiotique, ils ont besoin l'un de l'autre pour exister et finalement devenir le même.
Exposition personnelle " BIRTH - ولادة ", premiers instants de vie. Mai 2013.
"Aux nouveau-nés qui n’ont que quelques heures de vie en dehors…
Qui ont eu la chance de recevoir une initiation rare, celle que dispensait le monde a travers le filtre bien aimant de la sphère créatrice que porte en elle toutes les mères. Une invitation pour plonger dans cette pouponnière bleu, pour nous sensibiliser à entendre un langage au-delà des mots, celui du nourrisson, qui s’exprime même lorsqu’il ne "parle" pas.
L’envie de travailler plus en amont encore, d’aller écouter et parler aux nouveau-nés qui n’ont que quelques heures en dehors, de me replonger dans cette sphère bleu dans laquelle nous avons tous baigné, rêvé et dont le souvenir persistant nous ramène a chaque souffle de vie nouvelle, à cette béatitude si souvent convoitée, regrettée, rarement atteinte…
Des nouveaux nés à partir de quelques jours aux bébés de quelques années, les émotions sont la, avec ou sans paroles, les visages parlent, les corps s'expriment, et dégages une flopées de signes, de détresse, d'agitation, de pleurs, de joie, des rires, l'étonnement et la curiosité…
Tes parents ont eu tellement peur que tu n’arrives pas, toi, tu as décidé de naître. Je ne sais pas encore si tu as décidé de vivre. Si tu veux vivre, il faut que tu émerge de ta sphère, je sais que c'est dur, mais sache que tes parents sont prêts à tout pour t’aider…" Othmane TALEB.